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Peut On Expliquer Une Oeuvre D Art Dissertation

Se demander si la création artistique est un travail, c’est se poser la question de la nature et de la spécificité de l’art au sein des activités humaines.

A priori, on aurait tendance à répondre que l’art est hétérogène au monde du travail, le créateur se définissant précisément comme non réductible au technicien.

Étymologiquement, art vient du latin ars qui signifie technique. Dès lors, on peut définir l’art comme l’ensemble des productions issues de l’habileté humaine : le monde de l’art se distingue ainsi du monde naturel. Pourtant, la création artistique se distingue d’une production dans la mesure où elle seule exprime une singularité. Dans cette mesure, le terme d’art ne désigne pas ici l’ensemble des productions humaines mais, plus spécifiquement, les beaux-arts, c’est-à-dire l’ensemble des créations humaines ayant une visée esthétique, et dans lesquelles s’exprime une sensibilité singulière.

Mais pourquoi serait-il impossible d’identifier la création artistique à un type de travail ? L’artiste n’est-il pas un travailleur, appliquant des techniques à un matériau extérieur à lui ? Et si l’art n’est pas un travail, d’où provient l’œuvre d’art ? Peut-on la penser, a contrario, comme issue d’une inspiration, d’un don propre à l’artiste ?

Dans un premier temps, nous examinerons la proximité de l’art et du travail, avant de mettre en évidence la spécificité de l’art au sein des activités humaines : la création artistique n’est pas réductible à une activité technique. Mais détacher l’art du travail, n’est-ce pas s’inscrire dans une conception miraculeuse de l’art ? L’intuition, l’inspiration ou le génie peuvent-ils expliquer la genèse de l’œuvre d’art ?

Il peut être intéressant dans un troisième temps d'envisager des alternatives à la beauté comme signe distinctif de l’œuvre d'art. L’œuvre d’art est en effet le produit d’un travail, de l’utilisation d’une technique. Nous avons vu que, dans le sens classique, l'œuvre d'art n'est pas toujours belle. Nous savons aussi que d'autres productions humaines peuvent, dans ce sens, être belles (une voiture, mais aussi un discours politique, par exemple).

Or l’un des enjeux de la question de l’art est d'essayer d’identifier ce qui caractérise cette forme particulière de travail et la distingue des autres. Si ce n'est pas la beauté, comment faire en sorte que l'art ne soit pas réduit à n'être qu'une activité parmi d'autres. L’importance de l'art tient bien à sa capacité à nous toucher, à être une puissance d’évocation. Même si la beauté est comme nous l'avons vu relative, nous sommes sensibles à des œuvres qui appartiennent à d’autres temps, d’autres lieux, d’autres cultures... On pouvait ainsi penser à Hannah Arendt qui, dans La Crise de la culture, définit la durée comme signe distinctif de la culture et donc de l’art. C’est l’inscription de l'œuvre dans la durée qui en fait la dimension culturelle. La beauté n’est alors que secondaire (conséquence et non cause de cette durée), car si les œuvres sont faites pour rester, alors autant qu'elles soient belles.

À quoi tient cette capacité à durer ? L'œuvre d’art fait sens à travers le temps. Elle nous dit et nous révèle quelque chose du réel, de nous, des autres, de notre condition humaine ou sociale. Cette dimension symbolique de l’œuvre d’art se trouve au cœur de la définition qu'en donne Hegel dans L'Esthétique. On peut aussi évoquer Bergson (La pensée et le Mouvant) ou Proust (Le Temps retrouvé), pour qui l’œuvre d'art a pour fonction principale d'éclairer et d'éveiller notre perception de la réalité, en nous donnant à voir ce que d'ordinaire nous ignorons.

Il y a donc quelque chose à penser dans l'œuvre d'art, car elle a un sens (ce qui n'est pas nécessairement un message), des sens même : elle est ouverte à la pluralité des interprétations, ce qui est bien ce qui la distingue d'un objet ordinaire. Pour finir, on peut évoquer le « kaloskagathos » des Grecs, pour qui le beau et le bon ne font qu’un. La beauté n’est en effet pas forcément formelle, superficielle, sensible, mais peut aussi émaner d'une oeuvre qui précisément nous bouleverse par la puissance de ce qu'elle signifie, de même que nous ne sommes pas seulement sensibles à l'apparence physique d'autrui. En cela, nous comprenons mieux en quoi une oeuvre peut être belle quand bien même elle représente le pire de la réalité (pensons par exemple au film le Fils de Saul qui se déroule dans un camp de concentration)

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